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Quand le rêve parental se heurte aux droits humains

A. HAMDAD
26 Aug, 2025 temps de lecture: 5 min
Photo by <a href="https://unsplash.com/@jmuniz" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Joel Muniz</a> on  <a href="https://unsplash.com/photos/U1wfguMMM-c" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Unsplash</a>
Photo by Joel Muniz on Unsplash

Comme pour l’euthanasie, qui réduit l’humain à un simple corpus utile, et qui n’attend désormais que sa seconde lecture au Sénat pour être définitivement adoptée, la GPA (gestation pour autrui) revient elle aussi dans l’arène publique, comme des coups de butoir.
Pourquoi maintenant ? Est-ce une diversion face à des sujets sociaux et économiques plus pressants ? Ou bien la poursuite d’une volonté politique, travaillée de longue date, de transformation sociétale ?

Mais analysons le fond.
L’aspiration à avoir des enfants pour ceux qui n’en ont pas la possibilité est légitime. Espérer, rêver… personne ne peut l’interdire. Mais aller jusqu’à exaucer cette demande par le détournement des techniques de la fécondation in vitro (FIV), voilà qui pose un problème majeur.
Car les visées mercantiles de la GPA sont claires. Les aspirants à la parenté par cette entreprise, capables de transformer un débat minoritaire en sujet médiatique d'intérêt public général et national, ont les moyens financiers de financer de telles démarches. L’altruisme d’une telle entreprise ? Une supercherie.
Pour une analyse détaillée et rigoureuse, je renvoie à l’article de Marc-Olivier Padis : La gestation pour autrui : une déstabilisation éthique

La gestation pour autrui est envisagée comme un travail pour autrui. Elle implique donc nécessairement une contrepartie.
On invoque l’altruisme (il ne faut pas rêver) ou le salaire : louer les services d’une femme dont le ventre ne servirait qu’à exécuter une commande d’enfant pour ceux qui en ont les moyens.
La contractualisation, même en l’absence de transactions monétaires, d’éléments qui relèvent de la dignité humaine, de l’indisponibilité du corps humain ou de l’état des personnes, ou l’abandon d’enfants motivé par le gain, est non seulement en contradiction avec les principes qui fondent le droit français en la matière, mais va aussi à l’encontre de ce qui constitue notre idée de l’humanité.
Et n’oublions pas les brèches qu’ouvrirait et justifierait une telle entorse : les trafics inévitables, qui naîtraient autour, à l’instar de la traite des personnes et de la prostitution.

Revenons donc à la condition féminine : comment les militants de la GPA peuvent-ils, dans le même souffle, se réclamer du féminisme, du progrès ou des droits humains ? Le progrès ne mérite ce nom que s’il ouvre à plus de droits pour le plus grand nombre, et non pour quelques-uns au détriment d’autres.
Et l’enfant, dans tout cela ? Réduit à une commande, livrée, en due forme, par des cliniques « d’un certain genre éthique », après avoir été simplement hébergé quelques mois dans le corps d’une femme rémunérée – quelle que soit la somme.
L’idée mérite-t-elle vraiment le débat ?

Ajoutons que des moyens considérables sont déjà orientés, ici et là dans le monde, vers une autre voie : greffer des utérus biologiques ou artificiels à des machines ou à des humains.
Ces recherches, si elles réussissent, auront au moins le mérite de réduire le nombre de victimes : les femmes ne seront plus nécessaires à la gestation.
Mais les enfants, eux, resteront pris dans la tourmente – avec leurs droits, si tant est qu’on s’en soucie.

Rappelons-le : l’éthique n’est pas une coercition ou contrainte physique, mais un rappel à la raison, un appel à réfléchir sur les principes qui fondent une société.
Nous nous y conformons parce que c’est ainsi que nous assurons la prospérité de notre vie collective. Cicéron qui a critiqué l'abus de pouvoir disait : «Nous sommes esclaves des lois afin de pouvoir être libres ».
Or, les pouvoirs politiques, économiques ou technologiques, lorsqu’ils s’enivrent d’arrogance, s’en sont toujours moqués, défiant les lois naturelles.

Ce n’est pas nouveau. Les sagesses anciennes l’ont raconté depuis toujours : dans la Bible comme dans le Coran, le prophète Ibrahim face à Nemrod, le prophète Moïse face à Pharaon, mettent en scène cette confrontation entre la loi de la nature et la puissance orgueilleuse.
Défier l’ordre des choses est une entreprise éphémère. Le mythe d’Icare en témoigne : grisé par la liberté de voler, il s’élève toujours plus haut, jusqu’à ce que ses ailes fondent au soleil. La réussite fut brève, la chute tragique.
Aujourd’hui, l’obstination des hommes à contrecarrer les équilibres naturels provoque des bouleversements terrifiants. Le réchauffement climatique met en péril la vie même sur Terre.

Et aujourd’hui encore, les mêmes coups de boutoir reviennent sur des questions dont l’inhumanité devrait sembler évidente.
Ce retour récurrent illustre la puissance médiatique et sociale de leurs initiateurs. Leur intrépidité est extraordinaire :
Présenter les femmes (et ne parlons même pas des enfants, dont certains nient jusqu’à l’existence juridique et les droits pour justifier des pratiques qui leur nuisent) comme de simples «machines déshumanisées, pondeuses sans droits sur leurs propres productions », passe comme une lettre à la poste ; comme si l’on parlait de progrès, de féminisme, de droits humains accrus

Nous ne sommes pas loin de 1984, où « la guerre, c’est la paix » (à lire : Clément Cousin, Nonfiction.fr – présentation du livre de Muriel Fabre-Magnan...) ! Ébouriffant, non ?

Auteur:  A. HAMDAD

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